Plastique, métal, verre… La consigne, ce n’est pas si simple

Une consigne sur toutes les bouteilles en plastique, en verre et les canettes en métal (acier ou aluminium), est-ce pour bientôt ? Qui prendra en charge le déploiement d’un tel dispositif à l’échelle nationale ? Et pourquoi les collectivités font grise mine ? On vous explique tout.

1-Le système a-t-il atteint ses limites ?

Aujourd’hui, moins d’un Français sur deux (48%) trie systématiquement ses emballages légers, qu’ils soient en plastique, métal, carton ou en papier. 60% déclarent toujours le faire pour le verre. Et pourtant, au niveau européen, la France est dans les derniers de la classe concernant la gestion de ses déchets, en particulier ceux en plastique : 26,2 % sont recyclés, loin de la moyenne européenne s’élevant à 40,8 % en 2016 -les derniers chiffres en date fournis par Plastics Europe. Concernant les bouteilles en plastique, le taux de collecte atteint 57 % (loin des 90% affichés en Allemagne) et le taux de recyclage 58%. Les déchets en verre se portent mieux : leur taux de collecte s’élève à 86% avec un taux de recyclage à 60%. Pour les canettes en aluminium, le taux de recyclage tombe à 45%.

2-Quel est l’objectif ambitieux du gouvernement ?

Avec son projet de loi, l’objectif du gouvernement se révèle ambitieux : 90 % de plastiques recyclés pour les bouteilles de boissons d'ici à 2029 pour répondre aux exigences de l'Union européenne. « L'Etat, avec cette loi, fixera les objectifs, donnera les cadres, organisera les filières de recyclage à l'échelle nationale » assure François de Rugy, ministre de la Transition écologique.

3-Qui va payer ?

« L'infrastructure et le coût de mise en œuvre de la consigne seront pris en charge par les industriels, au moins à hauteur de 80%", indique de son côté Brune Poirson, sa secrétaire d’Etat, se disant désireuse de respecter l'intérêt des collectivités territoriales et des entreprises de collecte et de recyclage. Les consommateurs débourseront une quinzaine de centimes en plus pour une bouteille en plastique, un peu moins pour une canette. Une somme qu’ils récupéreront… à condition de les restituer, évidemment.

4-Qui s’estime perdant ?

Les collectivités, aujourd'hui chargées de collecter, trier et revendre les emballages, redoutent une perte de source de revenus, car mettre nos bouteilles en plastique dans les bacs jaunes leur rapporte de l'argent. Le plastique PET dont elles sont faites est une matière qui se vend 300 euros la tonne. Elles ont également peur de se retrouver avec des sites de traitement surdimensionnés, alors qu’elles ont déjà investi beaucoup d'argent dans les centres de tri pour optimiser leur capacité à sélectionner les plastiques. Et le projet de loi reste obscur quant au retour de la consigne des bouteilles en verre, qui existait jadis en France, et du réemploi : « Le gouvernement n’affiche pas l’intention d’aller vers le verre, on reste sur le plastique jetable » regrette l’association Zéro waste. Pourquoi ? D’aucuns soupçonnent que c’est parce que le déchet plastique a de la valeur, contrairement à d'autres.

5-Et du point de vue écologique ?

Nombre d’associations estiment que les bouteilles en plastique ne sont qu’un problème minime dans l’immensité des déchets ménagers et estiment qu’il faudrait avant tout améliorer la collecte des déchets dangereux (huile de vidange, peinture, produits toxiques…), les piles, dont le taux de collecte est bas (33%), ou des plastiques difficiles à recycler comme les pots de yaourt. Elles insistent aussi sur le fait que la consigne des bouteilles en verre est bien plus intéressante au niveau de l’environnement, puisque les laver et les recycler utilise quatre fois moins d'énergie que de les recycler. Une solution bien plus écologique que de recycler du plastique.