Le vrai ennemi, "ce n'est pas le plastique, c'est l'usage unique"

Le 27 octobre au Havre, Stéphane Le Diraison a pris le départ de la transat Jacques Vabre, en direction de Salvador de Bahia, au Brésil. Le skipper de 43 ans est engagé sur l’Imoca qui porte le nom de son projet, « Time for oceans », soutenu par Suez, Bouygues construction et la ville de Boulogne-Billancourt. Le navigateur porte une cause universelle et fédératrice : la nécessaire protection des océans.

Ebra Presse
Créé par Ebra Presse
sur Oct 30, 2019
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Journaliste

Journaliste say

A bord de votre bateau, vous êtes « zéro déchet », vous n’avez jamais rien rejeté à la mer. Comment ça se passe ?

Stéphane Le Diraison

Stéphane Le Diraison say

Le zéro déchet à bord, c’est d’abord de l’organisation : je produis mon énergie grâce à un hydro-générateur, je m’alimente en eau avec un dessalinisateur et j’emporte le moins possible d’emballages. Le vrai ennemi, selon moi, ce n’est pas le plastique, c’est l’usage unique. Il faut travailler sur des types d’emballages qui soient réutilisables. Dans nos comportements, on a avancé sur certaines choses, telles que l’achat de nourriture en vrac, type céréales, pour les mettre dans des contenants hermétiques, mais tout ne se fait pas dans un claquement de doigts. On doit trouver d’autres solutions.

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Journaliste say

Les bio-emballages à partir d’algues par exemple, vous n’y croyez pas ?

Stéphane Le Diraison

Stéphane Le Diraison say

Je pense que c’est un peu comme pour l’énergie, il n’existe pas une solution mais plutôt un mélange de solutions. Changer nos comportements n’est pas aisé dans nos vies modernes et hyperactives d’aujourd’hui. Parfois vous ne faites pas le geste vert parce que vous ne pouvez tout simplement pas le faire, ce qui veut bien dire que tout ceci nécessite une réflexion plus globale. Par exemple, pour un téléphone ou un vélo, aujourd’hui, c’est quasiment impossible d’en avoir un « fabriqué en France ». Cela veut dire qu’il faut donner une plus longue durée de vie à ce qu’on utilise, donc plutôt que d’acheter des vélos neufs à mes enfants, ils ont réutilisé les miens…

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Comment le marin fait-il pour être vert et écolo sur la terre ferme ?

Stéphane Le Diraison

Stéphane Le Diraison say

Je prends le vélo et les transports en commun, j’ai banni toutes les bouteilles en plastique, j’ai installé un système de filtres sur la distribution d’eau de la maison… J’attache énormément d’importance à ce que je mets dans mon caddie, je privilégie le vrac, les achats en direct aux producteurs. Je veille à la provenance des produits que j’achète pour éviter les transports en avion et autres… Je suis persuadé que nos enfants, quand ils seront adultes, ils hallucineront quand on leur racontera qu’on prenait une bouteille, qu’on la buvait et qu’on la jetait. Je suis convaincu qu’ils trouveront ça complètement dingue qu’on ait pu faire des choses comme ça, avec du pétrole transformé. 

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Justement, en étant vert et écolo, comment élève-t-on ses enfants ? 

Stéphane Le Diraison

Stéphane Le Diraison say

Je veux leur transmettre de belles valeurs et les éduquer avec de l’optimisme, parce qu’il faut l’être ! Comme disait Yann Arthus-Bertrand, il est trop tard pour être pessimiste, maintenant il faut être dans l’action. Je veux les sensibiliser, leur montrer la réalité des choses sans leur mettre des œillères pour qu’ils voient vraiment dans quel monde on évolue… Qu’il faut protéger la planète, et que ça commence par éteindre la lumière de sa chambre lorsqu’on en sort ou ne pas rester trop longtemps sous la douche, des choses simples qu’on peut faire à notre niveau. Quand on sait que 25% de la nourriture qu’on produit est jetée à la poubelle, ou que 25% des poissons pêchés servent uniquement de nourriture à des poissons d’élevage, on se dit qu’il y a un truc qui ne colle pas. Il existe beaucoup de leviers pour changer tout ça. On aura le droit d’être pessimiste le jour où on aura tout essayé, et on en est très loin. 

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Avant votre départ, Yann Arthus-Bertrand vous a lancé en plaisantant « Ramenez Greta Thunberg », actuellement aux Etats-Unis. Que pensez-vous d’elle ?

Stéphane Le Diraison

Stéphane Le Diraison say

Je salue toutes les personnes, controversées ou pas, portant un message qui rend populaire la défense de l’environnement. Grâce à elle, on en parle plus, alors je dis bravo. Concernant son trajet en bateau, en revanche, l’idée était géniale mais la mise en œuvre, avec des retours en avion, maladroite. C’est dommage, cela a détruit la symbolique très positive qu’il y avait derrière. D’ailleurs son équipe m’avait proposé d’aller la chercher en bateau, mais je n’avais pas accepté car, pour moi, cette histoire n’avait de sens que si on faisait l’aller-retour. 

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En tout cas, elle fait partie de cette génération qui se veut très verte, très écolo…

Stéphane Le Diraison

Stéphane Le Diraison say

Ces jeunes ont bien compris l’état dans lequel était la planète. Ils ont 20 ans, tout l’avenir devant eux, mais ils se rendent compte qu’on est en train d’obstruer leur vision du futur, que si on ne fait rien un jour il fera 50 degrés l’été à Paris ou qu’on ne pourra plus vivre autour de l’équateur… Quelque part, il y a une rupture entre cette génération et les précédentes. Je dirais même que certains enfants nous en veulent. Quand je parle avec eux dans les écoles, on sent leur colère, ils nous disent : « Mais quand est-ce que vous vous bougez ? » 

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Il est important de rappeler que la pollution des mers commence à terre ?

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Stéphane Le Diraison

Stéphane Le Diraison say

Oui, tout comme de dire que la vie sur terre est possible grâce à la mer, et que sans la mer, il n’y a plus de vie sur terre. L’océan est en danger parce qu’on le pollue à terre, c’est tout ce qu’on rejette dans les fleuves, sur les côtes, dans les villes… Je prends souvent l’exemple du mégot de cigarettes et de son parcours : jeter dans la rue, il passe par le caniveau, les égouts, la rivière, le fleuve, dans la mer, il met des années à se décomposer en nanoparticules qui vont être absorbées par un poisson, lequel va se retrouver dans notre assiette… Et c’est peut-être même la personne qui a jeté son mégot dans la rue, cinq ans auparavant, qui mangera ce poisson et donc, du plastique ! Tous ces gestes dont on ne perçoit pas la portée peuvent être corrigés. Je crois à l’éducation pour sauver l’environnement. Il faut continuer à agir et à sensibiliser pour préserver notre planète. Si on arrive à faire passer ce message-là, on est sauvés.